Calculer son taux horaire d’artisan, étape par étape
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Votre taux horaire, c’est ce que doit rapporter chaque heure passée sur un chantier pour payer toute votre entreprise : vos frais, votre propre rémunération et une marge de sécurité. On le trouve en additionnant tout ce que l’année vous coûte, puis en divisant par le nombre d’heures que vous pouvez vraiment facturer. Le piège le plus fréquent est de diviser par les heures travaillées au lieu des heures facturées. Voici la méthode, étape par étape.
Étape 1 : listez vos frais fixes de l’année
Les frais fixes sont ceux que vous payez même quand vous ne travaillez pas. Reprenez vos relevés de banque et votre dernier bilan, et notez tout sur une année :
- le loyer d’un dépôt ou d’un atelier, l’électricité, l’eau ;
- le véhicule : crédit ou location, assurance, entretien, carburant ;
- les assurances : décennale, responsabilité civile professionnelle, multirisque ;
- l’outillage : achats, réparations, renouvellement des machines ;
- le téléphone, l’internet, les logiciels, la banque ;
- l’expert-comptable, les cotisations professionnelles, la formation ;
- les vêtements de travail et les équipements de protection.
N’oubliez pas ce qui revient rarement mais revient toujours : le renouvellement d’une machine, un pneu, une réparation de fourgon. Si vous ne savez pas où trouver un chiffre, votre expert-comptable l’a dans votre compte de résultat.
Étape 2 : fixez la rémunération que vous voulez
Beaucoup d’artisans se paient « avec ce qui reste ». C’est la meilleure façon de ne jamais savoir si un chantier est rentable. Décidez plutôt du revenu net que vous voulez tirer de votre travail sur l’année, puis demandez à votre comptable ce que cela représente une fois ajoutées les cotisations sociales de votre statut. Le calcul dépend de votre forme d’entreprise (micro-entreprise, entreprise individuelle au réel, société) : c’est une question à lui poser, pas à deviner.
Si vous avez des salariés, ajoutez leur coût complet pour l’entreprise, et pas seulement leur salaire net. Là encore, votre comptable ou votre gestionnaire de paie vous donne le chiffre exact.
Étape 3 : comptez vos heures vraiment facturables
C’est l’étape où l’on se trompe le plus. Partez des heures que vous travaillez dans l’année, puis retirez tout ce qui ne se facture pas :
- les congés, les jours fériés, les jours de maladie possibles ;
- les visites techniques et la préparation des devis ;
- les trajets entre le dépôt, les fournisseurs et les chantiers ;
- les achats de matériaux ;
- l’administratif : factures, relances, comptabilité, rendez-vous ;
- les intempéries et les temps morts entre deux chantiers.
Un bon moyen d’avoir un chiffre honnête : notez pendant un mois, chaque soir, le temps passé à produire sur chantier et le temps passé à tout le reste. Le rapport entre les deux vous surprendra peut-être, et il est propre à votre activité.
Étape 4 : faites la division
Prenons un exemple, avec des chiffres fictifs et ronds pour la lisibilité. Un artisan seul a 30 000 € de frais fixes dans l’année. Il veut que l’entreprise dégage 50 000 € pour sa rémunération et ses cotisations. Total à couvrir : 80 000 €. Il estime pouvoir facturer 1 000 heures dans l’année. Son coût de revient horaire est donc de 80 000 ÷ 1 000 = 80 € de l’heure.
Ce chiffre n’est pas encore un prix de vente : c’est le seuil en dessous duquel chaque heure vous fait perdre de l’argent.
Étape 5 : ajoutez une marge
Une entreprise a besoin de plus que ses coûts. La marge sert à absorber un chantier qui dérape, un client qui paie en retard, un mois creux, et à financer le prochain fourgon. Dans notre exemple fictif, une marge de 10 € par heure porte le taux horaire de vente à 90 € HT.
Le niveau de marge est un choix d’entreprise : il dépend de vos risques, de votre clientèle et de vos projets. Pour bien faire la différence entre marge, coefficient et prix de vente, lisez notre article sur ces trois notions.
Étape 6 : confrontez le résultat au terrain
Un calcul juste peut donner un chiffre qui vous paraît élevé. Avant de le baisser, posez-vous les bonnes questions :
- vos frais sont-ils tous nécessaires, ou certains peuvent-ils être réduits ?
- pouvez-vous gagner des heures facturables en réduisant les trajets ou l’administratif ?
- vos chantiers types sont-ils bien choisis pour votre organisation ?
Baisser le taux sans changer les coûts revient à travailler en partie gratuitement. Si le marché ne suit pas, c’est l’organisation qu’il faut revoir, pas la division.
Les matériaux ne se mélangent pas au taux horaire
Le taux horaire couvre la main-d’œuvre et le fonctionnement de l’entreprise. Les fournitures (carrelage, tuyaux, câbles, plaques) se chiffrent à part, avec leur propre coefficient pour couvrir le temps d’achat, le transport, le stockage et les pertes. Mélanger les deux rend vos devis impossibles à vérifier.
Sur le devis, cela donne des lignes claires : la pose d’un mètre carré de faïence, avec un temps et un prix, et la fourniture du carrelage sur une autre ligne. Le client comprend ce qu’il paie, et vous voyez tout de suite si le chantier tient la route.
Le cas du dépannage à domicile
Pour un dépannage, une réparation ou un entretien chez un particulier (plomberie, électricité, serrurerie, chauffage), l’arrêté du 24 janvier 2017 vous oblige à informer le client avant le contrat : taux horaire de main-d’œuvre, façon de décompter le temps, frais de déplacement, et caractère gratuit ou payant du devis. Votre taux doit donc être prêt et affiché avant même de sonner chez le client.
Refaire le calcul chaque année
Vos frais changent : nouvelle assurance, nouveau véhicule, nouveau salarié. Refaites ce calcul une fois par an, idéalement quand votre comptable vous remet le bilan. C’est aussi le bon moment pour vérifier si vos heures facturables réelles correspondent à votre estimation.
Dans Chantier Vocal, chaque ouvrage de votre bibliothèque porte son prix : une fois votre taux recalculé, vous mettez à jour vos ouvrages et tous vos nouveaux devis partent avec les bons prix.
Questions fréquentes
Puis-je reprendre le taux horaire d’un confrère ?
C’est déconseillé. Son taux reflète ses frais, son statut, ses heures facturables et ses choix, qui ne sont pas les vôtres. Un taux copié peut être trop bas pour vous et vous faire perdre de l’argent sans que vous le voyiez, ou trop haut et vous faire perdre des chantiers. Faites votre propre calcul avec vos chiffres réels, puis comparez éventuellement au marché local pour juger de votre positionnement, pas pour remplacer le calcul.
Faut-il afficher le taux horaire sur tous les devis ?
Pour un dépannage, une réparation ou un entretien à domicile chez un particulier, l’information sur le taux horaire est obligatoire avant le contrat. Pour un chantier chiffré au forfait ou à l’ouvrage, vous pouvez présenter des prix par ouvrage sans détailler le taux, tant que le devis reste précis : description des travaux, quantités, prix unitaires, TVA et totaux.
Mon taux horaire doit-il être HT ou TTC ?
Calculez-le hors taxes : la TVA n’est pas un revenu pour l’entreprise, vous la collectez pour l’État. Le taux de TVA appliqué ensuite dépend des travaux et du logement. Si vous êtes en franchise en base de TVA, votre prix HT est aussi le prix payé par le client, ce qui compte dans le calcul.